Chantal De Serres peignant à l’aquarelle en 1991, à gauche, et son œuvre Une lueur d’espoir, créée en 1992, à droite.

Le commencement d’une démarche artistique

Une recherche de liberté

Au début des années 1990, je suis une jeune graphiste et artiste, et je découvre aussi la maternité. J’explore l’aquarelle, mais je cherche une liberté que je n’arrive pas encore à trouver dans ce médium. Les pigments pénètrent le papier et les couches successives assombrissent la composition. J’aimerais pouvoir revenir dans la matière, déplacer une forme, retrouver une lumière.

Comme un chimiste dans son laboratoire, j’expérimente avec les produits à portée de main. Je mélange l’aquarelle au blanc et au jaune d’œuf; je fais des collages avec de la colle blanche et du papier de soie. Un jour, en peignant sur un collage sec, une possibilité apparaît. Ce qui m’intéresse, c’est la surface veloutée de la colle Lepage, prête à recevoir les pigments.

Brosser et façonner l’aquarelle

Je commence à apprivoiser cette surface. Selon l’épaisseur de colle appliquée, l’aquarelle pénètre le papier à différents degrés ou demeure davantage en surface. Les règles du jeu changent : je peux brosser la couleur à demi humide, enlever du pigment, en ajouter et préserver la clarté du papier.

Le travail me fait parfois penser au modelage de la glaise. La couleur devient malléable et les formes se transforment sous mes gestes. Des atmosphères et des mondes imaginaires apparaissent. Des œuvres comme Une lueur d’espoir naissent de cette exploration.

Cette recherche m’apprend qu’une technique peut évoluer avec ce que l’on cherche à exprimer. Lorsqu’une limite se présente, elle peut devenir le point de départ d’une découverte.

Oser montrer les œuvres

À cette époque, je n’envisage pas encore d’exposer. Je crains qu’une critique négative puisse me décourager de poursuivre une activité aussi essentielle pour moi que manger ou dormir. Peindre est l’endroit où je peux être pleinement moi-même.

Un jour, je décide de faire encadrer quelques aquarelles pour les accrocher chez moi. L’encadreuse apprécie mon travail et me propose un échange : des encadrements contre des œuvres originales. Puis elle m’invite à exposer dans sa salle. Cette première expérience m’aide peu à peu à dépasser la peur de montrer mes créations.

Retrouver les fondations

En 2024, une invitation de Stéfanie Lagacé, agente culturelle à Saint-Basile-le-Grand, me donne l’occasion de revisiter cette période. Du 31 mai au 8 septembre, une exposition à la bibliothèque présente ces recherches à l’aquarelle. Une activité de médiation culturelle permet également de partager la technique avec le public.

Revoir ces œuvres me rappelle à quel point cette recherche demeure présente dans ma pratique. Le brossage et le modelage du pigment ont ouvert un chemin que je poursuis encore. Les matériaux et les gestes évoluent, mais cette quête de liberté continue de guider la peinture.

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